Source : Le Soleil (Richard Therrien)
Accrochez-vous, Un homme mort, la nouvelle série de Fabienne Larouche, est dure pour le coeur. Son héroïne, Kim Blanchard, vivra dans les prochaines semaines des aventures dignes de celles de Jack Bauer dans 24 Heures chrono, la série vedette de Télé-Québec. Huit jours en huit épisodes, qui vous tiendront sur le bout de votre fauteuil.
La journée de Kim Blanchard, jouée par Karine Vanasse, commence pourtant à merveille : à peine embauchée par la Banque de commerce internationale, elle se voit offrir un poste de vice-présidente. Elle ignore cependant que dans quelques heures, elle sera plongée dans une éprouvante course au meurtrier, qui la fera croiser l'enquêteur Paul Devault (Michel Barrette). La victime : le mentor de Kim, un ancien professeur de finances, dont le cadavre est trouvé en trois morceaux dans un appartement miteux qu'il s'apprêtait à louer. Certains indices vous laisseront croire qu'il avait prévu sa mort atroce.
Dès le départ, vous serez intrigué par les comportements étranges de chacun des personnages, presque tous désincarnés. Quand Kim revient chez elle, du sang sur la main droite, son amoureux, Martin (Sébastien Delorme), semble trouver la chose presque banale. Même chose quand des hommes détruisent sa voiture à coups de mitraillettes. Aucune panique, peu de sollicitude pour celle qu'il aime, d'une intrigante froideur. Déjà, on se doute que quelque chose cloche chez ce jeune comptable, dont les fréquentations sont doublement louches.
On ne peut d'ailleurs se fier à personne dans cette série. Même pas à l'héroïne, qui commet des gestes insensés, se sauvant de la police et camouflant des preuves, sans qu'on sache encore pourquoi. Quant à ses collègues et à son patron de la Banque, ils semblent tous aussi corrompus les uns que les autres. Seul l'enquêteur Devault parvient à gagner notre confiance, lui qui vient d'apprendre qu'il n'en a plus pour longtemps à vivre. Mais encore là, "les apparences sont trompeuses", prévient Fabienne Larouche, qui coproduit la série avec son mari Michel Trudeau, aussi conseiller aux textes.
Karine Vanasse, qui aurait pu être trop jeune pour le rôle, se débrouille à merveille. On a tiré profit du jeune âge de l'actrice pour exploiter la naïveté de Kim Blanchard, émotivement très fragile. Michel Barrette compose un policier attachant, qui n'écoute que du disco, au grand dam de ses collègues. Ça fait partie des contradictions de cet homme désabusé, qui sait sa fin proche, qui traîne un vieux différend avec sa fille, et qui ne sourit jamais.
Chez les autres acteurs, Isabel Richer et Jean-François Pichette - le conjoint de la réalisatrice - sont parfaitement détestables dans les rôles des collègues dangereusement ambitieux et envieux de Kim. Beau retour à la télé que celui de Michel Dumont dans le rôle diabolique du grand patron de la banque, qui affuble le personnage d'Isabel Richer des surnoms de "p'tite bitch" et de "maudite belle p'tite gueule sale". Disons que je ne lui confierais pas un cent de mes économies.
Si Sophie Lorain ne nous avait pas entièrement convaincu de ses qualités de réalisatrice dans la dernière saison de Fortier, elle dissipe complètement les doutes ici. Sophie Lorain n'a rien d'une simple actrice qui réalise, et démontre les réels talents d'une réalisatrice accomplie. On est loin d'un travail d'amateur. Très surprenant.
Bien sûr, certains y reconnaîtront l'inspiration de séries américaines, particulièrement de 24, mais Un homme mort ne se résume pas à une pâle copie de quoi que ce soit. La réalisation, saccadée et nerveuse, ne laisse aucun répit au téléspectateur. L'omniprésence de la musique de Dazmo - les silences sont quasi inexistants - contribue à amplifier notre angoisse.
Plus grave que dans Fortier - les lignes d'humour sont plus rares dans Un homme mort - , l'écriture de Fabienne Larouche est complexe et extrêmement intrigante. Bien plus qu'un simple polar, la série est notamment une réflexion sur la toute-puissance des banques. On se demande bien à qui on voudra faire confiance après avoir vu cette série. Parce que l'image des banques, déjà très impopulaire dans la population, est bien malmenée par Fabienne Larouche. Disons qu'aucune banque ne se précipitera pour commanditer la série.
Tournée en 35 mm, comme au cinéma, Un homme mort est visuellement ce qui s'est fait de mieux à la télévision dans les dernières années. Avec aussi peu que 850 000 $ par épisode, on peut dire que la réalisatrice et son directeur photo Alexis Durand-Brault ont fait des miracles.
Quand on fait remarquer à Sophie Lorain qu'Un homme mort, la première oeuvre de fiction entièrement réalisée par elle, se rapproche beaucoup du style américain, elle ne s'en formalise pas. Au contraire, elle dit "Merci beaucoup !"
Bien que Sophie Lorain ait reçu quelques propositions pour réaliser des longs métrages, elle n'a aucunement renoncé à son métier de comédienne. "Moi, je vais là où on m'appelle", dit-elle. Par contre, ne lui parlez pas de scénarisation, elle en a bien assez comme ça.
C'est en passant beaucoup de temps sur des plateaux de tournage dès l'âge de 15 ans, comme préposée au café, assistante à la réalisation ou régisseur, que Sophie Lorain a appris son métier de réalisatrice. "Je rêvais secrètement depuis longtemps d'exploiter une créativité encore inconnue chez moi", dit-elle.
Ce n'est pas pour rien non plus qu'on exploite toutes les teintes de gris dans Un homme mort, tant dans le décor que dans les costumes. "Ça me vient de mon passage en Angleterre, où j'ai passé deux ans à étudier le métier d'acteur."
Un homme mort prendra la même case horaire que Fortier, le jeudi à 21 h, dès le 16 février, à TVA. Le réseau en profite pour attraper l'auditoire pendant que Radio-Canada diffuse les Jeux de Turin. On verra si Louis-José Houde et Marc Labrèche (Fric Show) sauront regagner un public aussi nombreux à leur retour dans cette case, après les Olympiques.
Fabienne Larouche compte raconter son histoire sur une période de six mois. La première série ne s'étalant que sur huit jours, on doit s'attendre à une suite. Tout au long de la série, les internautes pourront faire leur propre enquête sur le site unhommemort.com.