Source : La Presse (Louise Cousineau)
À une époque où la télévision n'est plus considérée comme un art mineur et que des séries comme Les Soprano et Six pieds sous terre sont meilleures que bien des films de cinéma, j'ai éprouvé un grand malaise au visionnement de presse de La Promesse, le nouveau téléroman qui prendra l'affiche mardi à 21 h à TVA.
Plus ordinaire que cette série, tu meurs! De la télé du temps de nos grands-mères où l'auditoire se satisfaisait de peu, la télé étant une nouveauté. Les temps ont changé.
Curieusement, La Promesse démarre juste après Providence, le téléroman de qualité qui a pris son envol la saison dernière à Radio-Canada. Et l'intrigue de départ est la même: une chicane autour de la succession d'une entreprise familiale. Dans Providence c'est une laiterie, dans La Promesse une chocolaterie.
Mais alors que Providence a su créer un univers intéressant et un suspense de qualité, La Promesse a du mal à nous faire croire au sérieux de l'histoire. L'héroïne Isabelle, une écrivaine à succès- Michèle-Barbara Pelletier- a promis à sa mère sur son lit de mort que jamais la chocolaterie fine ne sortirait de la famille. Voilà que son père- Germain Houde- veut vendre à son fidèle employé passionné par le métier, Sébastien Delorme.
L'écrivaine, qui ne s'est jamais intéressée au chocolat de sa vie, s'oppose fermement. La femme du jeune chocolatier ne veut pas déménager au dessus de la chocolaterie. Pour compliquer le tout, l'écrivaine veut un enfant de son chum,Yves Soutière, mais il trouve qu'il a déjà donné dans son premier mariage.
Un sujet banal peut donner de la bonne télé: tout est dans la manière. Mais l'auteure Danielle Trottier, qui nous avait donné la très ordinaire Emma, n'a pas trouvé la manière dans les deux épisodes présentés à la presse. Les sentiments pour la mère morte ne sont guère convaincants. Et quand vous découvrirez qu'elle est enterrée dans le jardin familial sous un monument en forme de phallus, vous aurez du mal à vous concentrer. Le déménagement projeté de ses cendres fera un scandale chez les grands enfants. Non mais vraiment!
Deux heures et on ne savait pas trop bien qui était qui dans les personnages secondaires. Le jeune réalisateur n'a pas eu la poigne pour pousser l'auteure à préciser ses dialogues.
Ce qui ne signifie pas que La Promesse sera désertée par les téléspectateurs. Emma, malgré sa médiocrité, a attiré des auditoires substantiels.
Ce qui rachète La Promesse, comme Emma, c'est la qualité des acteurs, qui sont convaincants malgré la faiblesse des textes et de la réalisation. Ces gens-là gagnent durement leur vie et font des merveilles avec peu. Chapeau.
Quand on pense que TVA n'a pas voulu de Au nom de la loi, ce thriller passionnant que Radio-Canada lance jeudi soir, et a déjà renouvelé le contrat de La Promesse pour une deuxième saison, c'est à se demander si l'innovation fait peur à notre gros réseau privé. Voilà qui me fait peur sur l'avenir de notre télévision.