Source : Le Soleil (Richard Therrien)
Vingt et un épisodes, autant de lieux et quatre histoires par lieu. Des comédiens reçoivent un scénario et doivent improviser les dialogues. La caméra tourne et voyez le résultat.
Le concept des 4 coins... rappelle Casting, le téléroman-vérité de TQS, un bide l'an dernier. Sauf que cette fois, les comédiens engagés sont des professionnels de l'improvisation, comme Charles Lafortune, François-Étienne Paré, Martine Francke et Isabelle Brouillette. Et on ne parle pas d'un téléroman, mais bien d'épisodes bouclés et de sketchs humoristiques bien distincts.
Moi qui regardais avec passion La Soirée de l'impro à Radio-Québec dans les années 80, j'attendais beaucoup des 4 coins..., qui commence jeudi, 19 h, à Radio-Canada. Hélas, je n'y ai retrouvé rien de ce que j'aimais des matchs de la LNI. Et si j'avais eu des claques au visionnement de trois épisodes hier, je m'en serais servi souvent.
Chaque épisode d'une demi-heure se déroule donc dans un lieu différent. Hier, on a vu Les 4 coins... à l'aréna, à l'épicerie et chez le concessionnaire. Les autres épisodes ont lieu aux Îles de Boucherville, à la clinique, dans le métro, dans une vente de garage.
Si les concepteurs, les frères Michel et Patrice Duchesne, voulaient donner plus de réalisme à leur série en privant leurs comédiens de textes, c'est raté. Le jeu semble artificiel, les situations paraissent fausses, et on éprouve un gros malaise à voir ces acteurs de talent se dépêtrer avec un minimum de scénario. Sans rien de solide sur quoi s'appuyer, ceux-ci ne trouvent rien de mieux que de partir une engueulade à tout instant.
L'épisode de l'épicerie est particulièrement insipide. Vous verrez deux filles et deux gars prendre la demi-heure à hésiter entre des crevettes et des pogos. Et on assiste à un début d'idylle entre un bourgeois et une assistée sociale, de même qu'entre une caissière et un emballeur. Or, les dialogues sont vides, les acteurs cabotinent, et on s'emmerde royalement.
La liste des 60 acteurs qui ont pris part à l'aventure reste impressionnante. Quelques noms : Marie-Thérèse Fortin, Josée Deschênes, Sylvie Legault, Jacques L'Heureux, André Montmorency, Jean-Nicolas Verreault, André Robitaille, Laurent Paquin. Sept scénaristes et huit réalisateurs se partagent les épisodes, dont le talentueux Louis Bélanger (Gaz Bar Blues). Mais voilà, ça ne suffit pas. On ne transporte pas l'impro de la patinoire au petit écran sans prendre de gros risques.
L'auteur principal et réalisateur Michel Duchesne a pourtant une feuille de route remarquable, lui qui a oeuvré à La Bande des six, L'Enfer c'est nous autres et L'Été... c'est péché ! Souhaitons qu'il puisse exploiter son talent à meilleur escient.
Deux épisodes sont présentés jeudi à 19 h, et un par semaine, dès le jeudi suivant à 19 h 30. Mais je vous suggère plutôt Cache ta joie, version française de Curb Your Enthusiasm avec Larry David, qui exploite l'improvisation avec plus de réussite, malgré le doublage en argot, un peu agressant. Vendredi 19 h 30, à Super Écran.